Routeur solaire : chauffer son eau avec le surplus des panneaux

Un ballon d’eau chaude électrique de 200 litres fonctionne comme une réserve d’énergie déjà présente dans beaucoup de maisons. Le routeur solaire exploite cette réserve : au lieu d’injecter le surplus de production sur le réseau, il l’envoie vers la résistance du ballon. L’électricité se transforme en eau chaude, qui reste disponible pour le soir et le lendemain. Pour les installations raccordées depuis le 5 juin 2026, dont le surplus n’est acheté que 1,1 c€/kWh, c’est souvent la première amélioration à étudier.
Le principe du routeur
Le routeur comprend deux éléments :
- une mesure : une pince ampèremétrique posée sur l’arrivée générale, au tableau, qui détecte en permanence si la maison consomme sur le réseau ou y injecte ;
- une commande : un module de puissance qui alimente la résistance du ballon avec la quantité exacte d’énergie disponible.
Dès que la mesure détecte une injection, le routeur augmente la puissance envoyée au ballon jusqu’à annuler cette injection. Si un autre appareil démarre, il réduit aussitôt la part du ballon. Le réglage se fait plusieurs fois par seconde : l’objectif est que le compteur affiche une injection proche de zéro tant que le ballon peut absorber de l’énergie.
Pourquoi un gradateur
Une résistance de ballon fait couramment 2 000 à 3 000 W. Un simple interrupteur la mettrait en marche dès qu’un surplus apparaît, même faible, et la maison importerait alors du réseau la différence. Le routeur utilise un gradateur électronique (à triac ou à relais statique) qui ne laisse passer qu’une fraction de la puissance. Avec 800 W de surplus, la résistance reçoit environ 800 W, pas 3 000.
Certains modèles fonctionnent par découpage rapide (la résistance est alimentée par paquets d’alternances) plutôt que par variation de phase. Les deux approches visent le même résultat ; le choix dépend du modèle et de la compatibilité avec le compteur et l’installation.
Le ballon électrique, une batterie thermique
Chauffer 200 litres d’eau de 15 °C à 60 °C demande environ 10 kWh. Un ballon reçoit donc une quantité d’énergie comparable à celle d’une batterie domestique, pour un équipement que le foyer possède souvent déjà. La différence : cette énergie ne peut servir qu’à l’eau chaude, pas à l’éclairage ni aux appareils.
Le ballon doit être électrique à résistance. Un chauffe-eau thermodynamique se pilote autrement, par un contact prévu par le fabricant, et ne doit pas être alimenté par un gradateur sans accord du constructeur. Les ballons dits « stéatite » ou à résistance blindée acceptent en général le routage ; la notice ou l’installateur le confirment.
L’intérêt avec un surplus mal rémunéré
Depuis le 5 juin 2026, un kilowattheure injecté rapporte 1,1 c€ aux nouveaux producteurs. Le même kilowattheure, envoyé dans le ballon, évite d’acheter un kilowattheure au fournisseur, de l’ordre de 0,20 € TTC au tarif réglementé option Base, un peu moins si le ballon chauffait jusque-là en heures creuses.
L’eau chaude électrique pèse souvent lourd dans la consommation d’un foyer : votre courbe de charge Linky permet de la mesurer. Si le routeur en couvre une bonne partie d’avril à septembre, l’économie peut se compter en centaines de kilowattheures. Le prix d’un routeur posé dépend des fonctions et de la pose ; il est en général bien inférieur à celui d’une batterie, mais faites chiffrer votre cas précis et comparez l’économie attendue au prix posé.
Pour situer ce levier parmi les autres, voir comment augmenter son taux d’autoconsommation.
Les limites
L’hiver. La production baisse fortement de novembre à février et le surplus devient rare. Le ballon doit alors chauffer avec le réseau, de préférence en heures creuses. Le routeur doit donc garder une marche forcée programmable, pour garantir une eau à bonne température chaque jour.
L’hygiène. Une eau qui stagne trop longtemps en dessous de 55 à 60 °C favorise le développement des légionelles. Une montée régulière en température, au moins périodique, est recommandée ; beaucoup de routeurs proposent une fonction dédiée. Respectez les préconisations du fabricant du ballon.
Le ballon plein. Une fois l’eau à température, le thermostat coupe la résistance : le surplus repart vers le réseau. Certains routeurs gèrent une deuxième sortie (radiateur, pompe de piscine) pour prendre le relais.
La compatibilité. Un gradateur peut générer des perturbations électriques et des harmoniques. Un routeur conforme aux normes, installé par un électricien, limite ces risques. Le contacteur jour/nuit existant doit être adapté, et l’installation doit rester conforme à la norme NF C 15-100.
Les petites installations. Avec un kit de quelques centaines de watts, le surplus est souvent trop faible pour justifier un routeur. Voir les kits solaires sur prise.
Routeur ou batterie ?
Les deux ne s’excluent pas. Le routeur est moins coûteux et cible l’eau chaude ; la batterie restitue de l’électricité pour tous les usages, mais à un coût par kilowattheure stocké bien plus élevé. Dans la plupart des maisons équipées d’un ballon électrique, l’ordre logique est le suivant : programmation des appareils, puis routeur, puis éventuellement batterie. Voir la batterie de stockage solaire.
Pour les questions de consommation d’eau chaude et d’économies d’énergie, l’ADEME publie des guides pratiques, et France Rénov’ oriente vers des conseillers publics gratuits.
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